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Paroles & Musique

Bïa : le parfum de la nuit

par Sarah Lévesque
Photo : Laurence Labat
Photo : Laurence Labat

Intime et feutré comme la nuit. Des mots qui collent naturellement au cinquième disque de Bïa, intitulé Nocturno. Accueilli chaleureusement par la critique – Bïa cueille même les compliments lors de notre entrevue dans un café –, Nocturno dégage une justesse dans son ton aérien, folk et nocturne, qui procure au final un réel sentiment de proximité. Les raisons de cette unité? Multiples. « C’est un album de compositions plus que tous les autres. Pour mon premier disque, qui n’est sorti qu’en France, j’avais interprété beaucoup de chansons. Mais avec le temps, je me suis fait un chemin vers la composition, vers un univers personnel. »

Si ces ballades ont été longuement mûries par Bïa, elles ont trouvé en studio le climat idéal pour la création. Une plage de travail a été établie afin de permettre un recul constant. Seuls le lundi et le mardi étaient dédiés à l’enregistrement, durant tout l’été 2007. Mais surtout, Bïa a réuni à ses côtés une équipe de rêve qui s’est investie sans calculer. Éric West-Millette fait office de réalisateur et d’arrangeur, Charles Papasoff signe les arrangements des cuivres et des bois et Stacy Le Gallee, propriétaire du studio, manipule les micros et le mixage. « On s’était tous apprivoisés avant l’enregistrement. Je connaissais le studio Le Gallee, je les connaissais tous. Dès les premières journées, ils étaient capables de me laisser toute seule dans le studio pendant deux heures pour que je cherche sur ma guitare les bases d’une chanson, pour que j’apprivoise le son, l’ambiance, pour que j’élimine ma peur d’enregistrer. Et puis j’ai ressenti beaucoup de tendresse de leur part pour les chansons que j’avais écrites, » raconte Bïa.

Tellement que pendant les journées de repos, les quatre collaborateurs se téléphonent pour communiquer une impression, la petite trouvaille adéquate pour tel ou tel morceau. Bïa parle d’un « cercle intime de conspirateurs » afin de souligner la chimie vécue, qui dépasse la simple marque de générosité. « J’appelle ça de l’implication humaine profonde. Comme si cet album devenait le leur et pas seulement le mien. Honnêtement, je n’avais pas vécu ça auparavant. »

Des nouveaux lendemains

Il y a aussi ce parfum de voyageuse qui sous-tend tout Nocturno. Difficile de faire autrement lorsqu’on est Bïa, une femme qui a trouvé son équilibre dans le mouvement, entre le Brésil, la France et le Québec, des pays qui jalousent encore son temps. Bien qu’elle ait habité quelques années à Cassis, dans le Sud de la France, c’est l’amour qui la conduit à Montréal.
« Faudrait suer sang et eau pour avoir cette même qualité de vie à Paris. Et professionnellement, je me devais de déménager dans une ville plus active. Ma grande fierté, lorsque j’ai fait ma demande de résidence il y a quatre ou cinq ans, furent ces lettres de gens de la profession que je suis allée chercher pour valider mon parcours. J’en avais demandé à Monique Giroux et à Gilles Vigneault. Et j’ai mis ces lettres dans mon dossier avec une telle fierté… J’en ai pleuré. »

Inévitablement, ses racines multiples et disparates tissent l’univers de chansons riches, errantes et vivantes. Sur Nocturno, elle écrit principalement ses textes impressionnistes en portugais, mais aussi en espagnol et en français. C’est même dans la langue de Vigneault qu’elle aborde le délicat sujet de l’exil, celui de ses parents dans les années 70.
« Quand les chansons me viennent en portugais, j’ai plus souvent tendance à être synthétique, à écrire de petits poèmes courts. Alors que le français est pour moi est une langue si littéraire, il y a tellement de beaux et grands mots, que j’ai tendance à développer. Le français se prêtait donc bien pour aborder des sujets plus lourds. »

Depuis le lancement de Nocturno, Bïa vit une situation d’attente, voire même d’excitation complète. Il y aura bien fallu six mois pour que ce disque prenne vie et forme sur une scène. La situation titille aussi les amis musiciens, déjà tout feu tout flamme pour une tournée automnale : Éric West-Millette à la basse et aux guitares slide, Francis Covan à l’accordéon, guitare et orgue, Charles Papasoff à la clarinette, saxophone, flûte et orgue et Sacha Daoud, batteur, seront de la partie. « Je cite Charles car il a bien résumé notre état d’être. Les six mois qui séparent la sortie de cet album de la tournée font l’effet d’une rencontre avec une femme merveilleuse lors d’un week-end formidable, avec qui l’on a fait l’amour et raconté sa vie. Mais après, elle ne vous donne plus de nouvelles, on doit l’attendre pendant six mois sans avoir un seul coup de téléphone. Je me sens exactement pareille. Je mange mon souvenir, je renifle les t-shirts. On a très hâte. » Versatile comme le vent, Bïa promet de vous surprendre, d’apporter le jour et sa lumière lorsqu’elle personnifiera ses hymnes de nuit.

Gourmande de nouvelles musicalités, Sarah Lévesque écrit dans plusieurs publications dont l’hebdomadaire ICI Montréal, le magazine NightLife et Longueur d’Ondes. Elle collabore à Paroles & Musique depuis la fin de 2004.

En ligne depuis l’automne 2008

Commentaires? Questions? Suggestions?
Faites-les parvenir à Anne Richard, rédactrice en chef de Paroles & Musique, au richarda@socan.ca


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