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Chromeo : les deux font la paire
par Stéphane Martel
Depuis la parution de leur premier opus d’électro-funk moite en 2004 (She’s In Control), le duo Chromeo, composé de David Macklovitch (alias Dave 1) et Patrick Gemayel (alias P-Thugg), est devenu un incontournable de la scène électro québécoise. Potes depuis l’école secondaire, les deux musiciens n’ont jamais caché leur amour indéfectible pour la musique noire américaine des années 1980 et vouent un véritable culte à des artistes tels que Michael Jackson et Rick James. « Lorsque les eighties sont revenues à la mode récemment, ces artistes furent négligés, voire oubliés. Ce qui est assez étonnant. On se contentait de reproduire fidèlement les sonorités de New Order et Depeche Mode. Avec Dave, on a décidé d’emprunter une autre voie. On savait qu’il y avait des possibilités infinies avec la musique noire, » explique P-Thugg, animé.
Disciples de l’équipement analogue, le tandem judéo-arabe lance à l’automne 2005 Un joli mix pour toi, une compilation mixée aux grooves disco-boogie. Puis, l’an dernier, il fait paraître Fancy Footwork, une deuxième galette studio de « sexy funk jam » aux nombreuses références eighties. Mitonnée à Montréal, New York, puis mixée dans la ville Lumière par Philippe Zdar, le maître de la dance, cette nouvelle collection de morceaux électro-funk suintants et mélodiques est servie par une production encore plus raffinée. « Pourtant, l’équipement désuet nous séduit! À chaque fois, on tente d’utiliser le plus de vieux trucs. Je crois que c’est ce qui nous distingue de la compétition. À la maison, je possède une immense collection de synthés analogues et de vieilles machines à rythmes. Il y a quelque chose d’unique et de charmant avec ces instruments. Je préfère conserver un son plus dur, sec et authentique, » confie Gemayel.
Collectionneurs de vinyles depuis l’âge de 15 ans, les comparses n’ont jamais suivi de mode particulière. Alors que l’étiquette « kitsch » leur colle à la peau depuis le début de leur carrière, Dave 1 et P-Thugg se contentent de faire à leur tête. Une seule loi semble régir le clan Chromeo : le plaisir. « Je trouve que la plupart des artistes actuels tentent trop de suivre les tendances. Chromeo a toujours été à l’encontre de ce qui était populaire et c’est parfait comme ça. Avec notre premier album, on proposait des jams de funk alors que la mode était à l’électro-clash, au new-wave. Les modes ramènent toujours des parcelles du passé, mais il y a toujours des pièces manquantes au puzzle. Ce que l’on désirait, c’était offrir ces pièces manquantes. Donner au public quelque chose d’amusant et de nouveau. »
Ayant développé une complicité exceptionnelle au fil des ans, le duo montréalais croit au partage équitable des tâches au sein d’une équipe. « C’est ce qui est motivant : s’échanger constamment les rôles. La plupart du temps, Dave se charge d’écrire les textes et je m’occupe des synthés, mais on aime aller jouer dans la cour de l’autre. Dave peut gratter la guitare, je peux jouer de la batterie et ajuster certains textes. Il n’y a aucune frontière. Chaque chanson est différente et c’est ce qui rend les choses excitantes. »
Après un passage remarqué à Tout le monde en parle, des premières parties pour les Beastie Boys et Justice, une deuxième participation à la populaire émission de Jimmy Kimmel, la réalisation de remixes pour une multitude d’artistes vedettes (dont Snoop Dogg et Feist) et une invitation à l’émission de Daryl Hall (de Hall & Oates) diffusée sur le Web, le duo semble fin prêt à prendre d’assaut le marché international. Comment expliquer l’engouement médiatique des derniers mois? « Il faut dire que le premier album a pris beaucoup de temps à décoller. Les gens l’ont apprivoisé tranquillement. À l’époque, on était un petit groupe indépendant signé sur Vice, un minuscule label, et c’est grâce au bouche à oreille qu’on a progressé. La période d’attente entre les deux albums fut bénéfique car on a eu le temps de se préparer, de s’ajuster. Tout ce qui a changé pour nous, ce sont les spectacles : aujourd’hui, on vient en plus grand nombre! Le soir, on entre chez nous fatigués, mais heureux. »
Sur la route depuis le début de l’année, Chromeo souhaite poursuivre sur sa lancée au cours des prochains mois. Ce n’est que vers la fin de l’année que le duo se réunira en studio afin de concocter le successeur de Fancy Footwork qui pourrait voir le jour l’an prochain. « On a décidé de ne jamais se mettre de pression sur les épaules. Lorsqu’il y en a, ça devient du travail et ce n’est plus agréable. Le plaisir s’évapore immédiatement et il est difficile d’arriver avec un produit sincère. Le processus de création ne doit jamais être forcé. On ne veut pas écrire dans des conditions éprouvantes ni s’imposer d’horaire précis. Il faut que ça reste naturel. C’est important de demeurer sincère dans ce que l’on fait. » Mission accomplie!
Friand de musiques aventureuses, Stéphane Martel est journaliste pigiste pour l'hebdo Voir depuis deux ans et travaille sur divers projets littéraires. Attiré par la radio et la télé, il a longtemps animé sur les ondes de CIBL, CISM et CHOQ-FM en plus d'écrire pour diverses publications dont Le Devoir, Métro, Adorable, Nightlife, Longueur d'ondes et Urbania. Il collabore à Paroles & Musique depuis le printemps 2006.
En ligne depuis l’automne 2008
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