SOCAN



accueilenglish
carte du site



Paroles & Musique

Kraink : triple tour de manivelle

par Benoit Poirier
Photo : Laurence Labat

En franco-manitobain, le mot kraink signifie « manivelle ». Kraink. Mais pourquoi ce nom ? « Car lorsque l’on tourne une kraink, on fait inévitablement une révolution. En plus, cela se dit aussi bien en français qu’en anglais, » mentionne Jérémie Gosselin, principal auteur, compositeur et chanteur de ce trio composé de trois frères fiers et heureux de vivre dans la ville qui les a vus naître : Saint-Boniface. Faire avancer les choses, dénoncer, revendiquer, tout en défrichant de nouveaux sentiers musicaux. Voilà bien ce qui sous-tend les projets que mène ce groupe engagé aux rythmes entraînants que complètent Christian et Éric Gosselin, qui s’entendent réellement comme des frères. « Dans tout ce que l’on fait, il y a une certaine une attitude “révolutionnaire” qu’aurait n’importe quelle minorité. »

Loin d’être manifeste uniquement dans leurs chansons, cet esprit revendicatif est, pour eux, un mode de vie. Ils cherchent à apporter un point de vue différent sur la vie en agrémentant le tout avec une musique qu’ils souhaitent intéressante. Car, citant André Gide : « Tout a été dit. Mais comme personne n’écoute, il faut toujours répéter. »

Et chanter en français leur est essentiel. « La première raison pour laquelle on chante en français, c’est qu’il est impossible de séparer une langue d’une identité. C’est le français qui nous permet de mieux exprimer ce que l’on désire exprimer et de nous sentir intègres, honnêtes avec nous-mêmes, » indique Jérémie, le cadet du groupe. « L’art, c’est très important pour une communauté. Sans art, elle ne peut aller bien loin, ne peut évoluer. » Sur ce plan, il admire le Québec, le fait que l’art y soit omniprésent. « C’est l’une des raisons pour lesquelles le Québec a cette force. C’est la même chose, en plus petit, pour les Franco-Manitobains. » Avec ses 50 000 âmes, cette communauté est certainement l’une des plus actives au Canada sur le plan culturel, particulièrement dans le domaine musical et des arts visuels.

Ce dynamisme, on le doit beaucoup à l’organisme Le 100 Nons, qui contribue depuis 40 ans à l'épanouissement de la culture et de l'industrie musicale francophones au Manitoba. Il fait un travail magnifique et essentiel pour regrouper les artistes, souligne le musicien, mais aussi pour leur donner des occasions de se développer, notamment de se produire sur scène. « Je crois que, bientôt, tout ce talent va commencer à se faire connaître ailleurs, va vivre un rayonnement à l’extérieur du Manitoba. »

Auparavant, poursuit-il, les artistes qui atteignaient un niveau professionnel se rendaient au Québec pour y faire carrière. Aujourd’hui, beaucoup d’entre eux préfèrent conserver leur base au Manitoba. On assiste d’ailleurs à une véritable éclosion de maisons de productions. Les artistes et les groupes pullulent, l’industrie musicale y est en plein développement. « Je crois que l’entraide va être un élément-clé du succès des artistes du Manitoba, » croit Jérémie. Les trois frérots ont eux-mêmes acheté un studio d’enregistrement, ce qui leur permet de côtoyer une foule d’artistes et de s’impliquer directement dans le développement de la musique francophone dans les Prairies.

Les sources d’inspiration ? Le claviériste et saxophoniste du groupe, Christian, est un grand adepte de jazz. Éric fut un mordu de punk allemand. « Moi, j’aime beaucoup Jacques Brel, » lance Jérémie, qui admire ce monument de la chanson. « Pas tant pour la musique et les paroles, comme pour son intensité ! » La révolte aussi ? « La révolte calme, je dirais. Quand on bouge trop, il n’y a pas nécessairement grand-chose qui arrive. C’est quand on s’arrête que les choses peuvent changer. »

Il reste que percer avec de la musique francophone dans l’Ouest exige temps et persévérance. « C’est comme partout : il faut que tu fasses de la musique. Il faut que tu écrives des chansons et que tu fasses des spectacles. C’est pareil partout, il faut que tu pousses et que tu pousses fort, tout en étant content de ce que tu es en train de créer. C’est pareil pour tous les artistes : il faut juste foncer. » Bien que cela puisse parfois avoir des résultats heureux, plaire à tout prix au plus grand nombre n’est pas nécessairement la meilleure attitude à adopter, croit-il. « Il faut premièrement être content de ce que l’on fait. Si le public n’est pas content de ce que l’on fait, au moins nous autres on l’est. Tandis que si tu essaies de plaire aux personnes et que tu fais quelque chose à l’encontre de ce que tu crois, c’est possible que ça ne plaise à personne et, en fin de compte, que ça ne te plaise pas à toi non plus et tu auras gaspillé ton temps. »

Le public de Kraink ? Principalement francophone. Toutefois, un nombre croissant d’Anglophones s’intéressent vivement au fait français et à ce bouillonnement culturel unique qui émane de Saint-Boniface. Notamment à ce que produit le groupe, dont ils apprécient l’authenticité. « Il n’est pas rare que nous nous produisions devant un public entièrement anglophone. » Est-ce un signe ? Un pont piétonnier a récemment été construit au-dessus de la rivière Rouge pour relier Saint-Boniface au centre-ville de Winnipeg. Un lien urbain qui, à la manière de Kraink, donne à la vie un nouveau tour de manivelle tout en resserrant un peu plus les diversités culturelles.

En ligne depuis l’automne 2008

Commentaires? Questions? Suggestions?
Faites-les parvenir à Anne Richard, rédactrice en chef de Paroles & Musique, au richarda@socan.ca


retour au magazine



Code d'utilisateur



Mot de passe




 Aller!

 Pas de code d'utilisateur ?
 Oublié votre mot de passe ?
 Oublié votre code d'utilisateur?
 Première ouverture de session ?
 Vérifiez l’état de votre adhésion ?

Recherche
  
   Aller!